24/11/2004

Jack a dit

Croyance et technique pour la prose moderne
Liste des principes :

1. Remplis des carnets secrets et tape à la machine des pages frénétiques, pour ta seule joie
2. Soumis à tout, ouvert, à l'écoute
3. Essaie de ne pas être ivre hors de ta maison
4. Sois amoureux de ta vie
5. Quelque chose que tu sens finira par trouver sa forme propre
6. Sois un foutu simple d'esprit saint de l'esprit
7. Souffle aussi profond que tu veux soufller
8. Écris ce que tu veux depuis le fond sans fond de l'esprit
9. Les visions imprononçables de l'individu
10. Pas de temps pour la poésie mais pour ce qui est exactement
11. Tics visionnaires frissonnant dans la poitrine
12. Dans la fixité de la transe à rêver de l'objet devant toi
13. Débarrasse-toi de toute inhibition littéraire, grammaticale et syntaxique
14. Sois comme Proust un vieux défoncé au temps
15. Raconter l'histoire véritable du monde dans un monologue intérieur
16. Le joyau cœur de l'intérêt est l'œil à l'intérieur de l'oeil
17. Écris en souvenir et stupéfaction de toi-même
18. Pars de la concision du milieu de l'oeil en nageant dans la mer du langage
19. Accepte la perte pour toujours
20. Crois au contour sacré de la vie
21. Efforce-toi d'esquisser le flux qui est déjà dans l'esprit, intact
22. Ne pense pas à des mots quand tu t'arrêtes mais à mieux voir l'image
23. Garde la trace de chaque jour armorié dans le matin qui t’appartient
24. Pas de crainte ou de honte quant à la dignité de ton expérience, de ton langage et de ta connaissance
25. Écris pour que le monde lise et voie les images précises que tu en donnes
26. Le livre-film est le film en mots, la forme visuelle américaine
27. Louange du Caractère dans la Sinistre Solitude inhumaine
28. Composition dingue, sans discipline, pure, remontant du dessous, plus c'est fou mieux c'est
29. Tu es un Génie tout le temps
30. Écrivain-Metteur en scène des Films Terrestres Financés et Angélisés au Ciel


Principes de prose spontanée

MISE EN PLACE - L'objet est placé devant l'esprit, soit dans la réalité, comme dans l'esquisse (devant un paysage ou une tasse de thé ou un vieux visage), soit dans la mémoire où il devient l'esquisse faite de mémoire d'une image-objet déterminée.
PROCÉDURE - Le temps étant d'une importance essentielle pour la pureté de la parole, langue d'esquisse est un flux ininterrompu depuis l'esprit des idées-mots personnels et secrets soufflant (comme un musicien de jazz) sur le sujet de l'image.
MÉTHODE - Pas de points séparant les phrases-struc-tures déjà arbitrairement minées par la fausseté des deux points et des timides et généralement inutiles virgules - mais vigoureux tiret coupant la respiration rhétorique (comme le musicien de jazz reprenant son souffle entre les phrases expirées) - « pauses mesurées qui sont les principes de notre parole » - « divisions des sons que nous entendons » - « le temps et comment le noter ».
PORTÉE - Pas de « sélectivité » de l'expression mais la poursuite d'une libre déviation (association) de l'esprit dans les eaux sans limites de la pensée soufflée-sur-le-sujet, nageant dans la mer de l'anglais sans autre discipline que les rythmes d'expiration rhétorique et de déclaration exclamée, comme un poing abattu sur une table à la fin de chaque énonciation, bang! (le tiret) - Souffle aussi profond que tu veux - écris à la même profondeur, pêche aussi profond que tu veux, fais-toi d'abord plaisir, puis le lecteur ne peut manquer de recevoir le choc télépathique et l'excitation du sens selon les mêmes lois qui opèrent dans son propre esprit d'homme.
DÉCALAGE DANS LE PRODUCERE - Pas de pause pour penser au mot juste mais l'accumulation enfantine et scatologique de mots concentrés jusqu'à ce que la satisfac-tion soit atteinte, ce qui finira par être une grande valeur rythmique ajoutée et sera en accord avec la Grande Loi du Tempo.
TEMPO - Rien n'est boueux s'il peut courir dans le temps et selon les lois du temps - Accentuation shakespearienne du besoin dramatique de parler maintenant dans sa propre voix inaltérable ou de tenir sa langue à jamais -pas de révisions (si ce n'est pour d'évidentes erreurs rationnelles, telles que noms et insertions calculées dans l'acte non d'écrire mais d'insérer).
COEUR DE L'INTÉRÊT - Commence non pas à partir d'une idée préconçue de ce qu'il y a à dire sur l'image mais du joyau coeur de l'intérêt pour le sujet de l'image au moment d'écrire, et écris dehors en nageant dans la mer du langage en direction du relâchement périphérique et de l'épuisement - Pas d'après-coup si ce n'est pour des raisons poétiques ou post scriptum. Jamais d'après-coup pour « améliorer » ou faire droit à des impressions du genre la meilleure prose est toujours celle qu'il a fallu le plus douloureusement et personnellement arracher au doux berceau protecteur de l'esprit - soutire le chant de toi-même, souffle ! - maintenant ! - ta voie est ta seule voie - « bonne » - ou « mauvaise » - toujours honnête (« grotesque ») spontanée, d'intérêt « confessionnel », parce que sans « métier ». Le métier est le métier.
STRUCTURE DE L'OEUVRE - Structures modernes bizarres (science-fiction, etc.) naissent d'une langue morte, thèmes « différents » qui donnent l'illusion d’une vie « nouvelle ». Suis vaguement les contours dans un mouvement d'éventail sur le sujet, comme la rivière autour du rocher, de sorte que l'esprit soufllant sur le coeur-joyau (fais passer ton esprit dessus, une fois) parvienne à un pivot, où ce qui était forme obscure « commençant » devient « fin » nécessaire absolue et la langue se concentre dans sa course pour transmettre la course-temps de l'œuvre, suivant les lois de la Forme Profonde, jusqu'à la conclusion, derniers mots, dernière goutte - La Nuit est La Fin.
ÉTAT MENTAL - Si possible écris « sans conscience en semi-transe » (comme Yeats à la fin dans la « transeécriture », autorisant l'inconscient à admettre dans son propre langage sans inhibition et nécessairement intéressant et si « moderne » ce que l'art conscient aurait censuré, et écris dans l'excitation, rapidement, avec des crampes de la main ou de la machine, en accord (depuis le centre jusqu'à la périphérie) avec les lois de l'orgasme, la « conscience nébuleuse » de Reich. Viens du dedans, dehors - vers ce qui est relâché et dit.
- Jack Kerouac -

10:07 Écrit par Julie-tteboussart | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Hit the road Jack... and don't you come back no more, no more, no more...
excellent! (oui, c'est tout!)

Écrit par : Milady Renoir | 24/11/2004

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